Petite histoire de Marinette

Marinette est arrivée à la ferme en Janvier 2015. Au début, parmi ses 700 autres congénères, elle n’a pas été remarquée.

Les poulettes arrivent âgées d’à peine 16 semaines. Elles n’ont pas encore fini leur croissance, leur crête n’est pas encore développée et certaines font encore des cris de petits poussins. Elles grandissent très vite, 15 jours après leur arrivée, elles ont déjà beaucoup changé. Elles ont grandi, elles ont commencé à pondre et leur crête est formée, ce qui permet de les différencier les unes des autres parfois.

Marinette, qui n’avait pas de nom à cette époque-là, a vécu plusieurs mois sans se faire remarquer par l’éleveuse.

Les poules ont une hiérarchie assez forte, il y a les dominantes et les dominées. Marinette faisait partie de cette dernière catégorie. Elle avait donc accès à l’alimentation moins facilement, elle devait se battre un peu plus pour manger correctement. Mais Marinette était maline, elle avait bien repérée que l’alimentation arrivait en même temps que l’éleveuse. Que la nourriture était dans les seaux verts et que si elle sautait dans le seau directement, elle arrivait à manger un peu avant que l’aliment soit versé dans les mangeoires où toutes les poules se bousculent pour manger en même temps.

Le petit manège se répétait chaque jour. Marinette attendait l’arrivée de l’éleveuse, sautait dans le seau et arrivait ainsi à manger un peu de grains avant tout le monde.

Mlaheureusement pour Marinette, les poules dominantes affirment leur rang en se bagarrant avec les poules plus « faibles » et en leur arrachant les plumes. Au fil des mois, Marinette a attiré la pitié de l’éleveuse, car elle était la seule à sauter dans le seau, et elle perdait des plumes au fil des jours à force de se faire taper dessus par les autres.

En plus, Marinette avait une couleur un peu différente des autres, c’est d’ailleurs peut-être ce qui lui attirait des problèmes avec les dominantes : les poules n’aiment pas la différence… Marinette était plus claire, avec des jupons blanc crème, quelques plumes rousses autour du cou mélangées avec des plumes claires. Elle était un peu maigrichonne, mais elle avait attiré l’attention de l’éleveuse qui veillait à ce qu’elle se porte bien.

Un jour, Marinette ne se sentait pas bien. Elle restait prostrée dans un coin du poulailler, elle ne courrait pas vers le seau comme d’habitude, et elle restait la tête rentrée dans les « épaules ». L’éleveuse s’en est rapidement rendue compte et elle a isolée Marinette dans une cage prévue à cet effet. Marinette a eu une ration d’aliment rien que pour elle et de l’eau. Elle a aussi eu un traitement à base d’ail moulu, car l’éleveuse soupçonnait un problème de parasite interne. Dès le lendemain, déjà Marinette avait meilleure allure, elle avait retrouvée sa vivacité et elle se tenait bien droite. L’éleveuse a continué à lui donner de l’ail moulu pendant deux jours et elle a ressorti Marinette de la cage pour la remettre avec les autres poules.

L’éleveuse avait des enfants qui venaient parfois s’occuper des poules aussi. La petite fille a demandé :

  • Maman, je pourrais avoir une poule à moi ?
  • Oui pourquoi pas ? Mais elle restera ici avec ses copines.
  • Oui d’accord. Je vais la choisir.
  • Il faut en choisir une sympa qui n’a pas peur de toi. Tiens, regarde celle-là, elle est sympa, je l’ai soignée, elle est en pleine forme et tu peux même la caresser

La petite fille n’était pas convaincue par cette petite poule un peu déplumée, mais en s’approchant, Marinette s’est mise accroupie et la petite fille a pu la caresser.

  • Oui j’aime bien celle-là.
  • Comment tu vas l’appeler ?
  • Marinette !

Et c’est ainsi que Marinette fut baptisée.

En juillet 2016, lorsque les poules sont « réformées » (façon polie de dire qu’elles vont à l’abattoir), Marinette évidemment ne fit pas partie du voyage.

Elle resta dans un petit poulailler aménagé avec six autres poules privilégiées. Ces poules avaient été choisies au fur et à mesure de l’année pour leurs rapports avec l’éleveuse ou avec un autre membre de la famille. En général, elles avaient été choisi parce qu’elles se laissaient approcher facilement. Il y avait donc

  • « Sonic », la poule d’un petit cousin,
  • « Super Rapide », la poule du petit frère,
  • « Voie Lactée », une jolie poule pas farouche qui avait des tâches blanches sur le dos, comme la voie lactée,
  • « Pattes Jaunes », une spécialiste de l’évasion que l’éleveuse avait récupéré une dizaine de fois en train de se promener dans la cour en dehors de l’enclos,
  • « Rose », une autre poule déplumée dont l’éleveuse avait eu pitié,
  • et enfin « Ma Poulette », une poule rescapée du lot précédent, donc âgée d’un an et demi de plus que les autres poules. Cette poule avait échappée à 4 attaques de renard.

Ces 7 poules vivaient donc ensemble dans un petit enclos à part, elles avaient droit à la meilleure nourriture et à tous les bons soins de l’éleveuse qui passaient les voir tous les jours. En remerciement, les poulettes donnaient des gros oeufs !

Dans cet environnement plus calme, moins concurrentiel et avec un accès plus facile à la nourriture, les poules se remplument et prennent du poids. Marinette a donc rapidement grossi, ses plumes ont repoussé et elle est devenue une belle poule avec de beaux jupons bien duveteux. Les poules deviennent encore plus familières et elles viennent presque quand on les appelle par leur nom. En tous les cas, il suffit de s’approcher pour qu’elles se mettent accroupi et qu’on les prenne pour les rentrer dans le poulailler. Très pratique, le soir, quand il faut faire rentrer tout le monde pour les protéger du renard.

Marinette s’est vite imposée comme la meneuse du groupe, elle sortait en premier du poulailler quand on l’ouvrait le matin, elle allait à l’abreuvoir, elle était la première à sauter dans le seau quand l’éleveuse arrivait. Elle se laissait caresser facilement quand la petite fille venait la voir.

Mais ce caractère un peu explorateur de Marinette, lui a porté malheur. Marinette avait trouvé le moyen de sortir de l’enclos, pour une fois, ce n’était pas Pattes Jaunes. Elle restait dans la cour et aux alentours de l’enclos, rien de grave, l’éleveuse la retrouvait le soir et la remettait dans l’enclos, car Marinette évidemment n’arrivait pas (ou n’avait pas très envie) à rentrer toute seule.

Seulement un jour, Maître Renard est passé par là. C’était un vieux renard malade, à moitié pelé. Il devait avoir du mal à chasser et il a pris le risque de s’approcher de la ferme. Il a trouvé Marinette en dehors de l’enclos, l’aubaine était trop bonne ! Comme beaucoup de poules, Marinette n’était pas une combattante, le renard n’a eu aucun mal à l’attraper. Mais c’était sans compter sur la présence de Jedi, le chien de berger, qui était justement dans les parages à ce moment-là ! Marinette, bien dodue, a été trop lourde pour ce renard famélique, et il l’a lachée pour échapper à Jedi. Le chien l’a quand même rattrapé et lui a réglé son compte. Marinette est alors retournée vers son enclos, mais elle n’a pas pu rentrer et elle s’est blottie sous les herbes le long du grillage.

Le soir, lorsque l’éleveuse est venue fermer le poulailler, elle ne savait rien de l’attaque de renard qui avait eu lieu dans l’après-midi, elle se rend compte qu’il manque une poule. Elle se met alors à chercher Marinette en se disant qu’elle avait dû sortir et qu’elle n’arrivait pas à rentrer, comme elle l’avait déjà fait. Elle trouva Marinette le long du grillage, la prit dans ses mains et la déposa dans le petit poulailler. Marinette s’en alla se percher en boitillant un peu. L’éleveuse nota le problème et se promit d’y jeter un oeil le lendemain quand il ferait jour.

Le lendemain, lorsque l’éleveuse ouvrit le poulailler, ce n’est pas Marinette qui sortit en premier. L’éleveuse, inquiète, jeta un oeil dans le poulailler. Marinette était couchée au fond, mais bien réveillée. L’éleveuse se dit tout de suite que ça n’allait pas fort, elle ausculta aussitôt Marinette et découvrit une plaie assez large sur le dos de la pauvre poulette. L’éleveuse, repartit donc chercher un désinfectant et une cage pour isoler Marinette pendant sa convalescence. Elle était un peu rassurée car Marinette avait passé la nuit, ce n’était donc pas si grave. Malheureusement, en revenant, Marinette était partie au paradis des poulettes ; comme si elle avait réservé ses dernières forcés pour revoir une dernière fois sa soigneuse avant de mourir.

Voie Lactée et Marinette

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En mémoire de toutes les poulettes que j’ai cru sauver en les élevant dans ce petit poulailler et qui se sont fait attrapées par le renard.

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